Shampoing ou shampooing : que faut-il écrire pour éviter la redoutée faute d’orthographe ? Bonne nouvelle : les deux graphies « shampoing » et « shampooing » sont acceptées en français. Toutefois, attention à bien cerner les enjeux qui régissent l’emploi de ces deux termes…
Shampoing ou shampooing : orthographe
Aux racines du doute
Pour savoir qui de shampoing ou shampooing privilégier dans votre communication, faisons une brève digression du côté de l’étymologie.
C’est le terme « shampooing » le premier à faire son apparition, vers la fin du XVIIIe siècle. Sans surprise au vu de sa graphie peu commune, le terme nous vient de l’anglais « to shampoo » (masser).
Mais c’est en réalité dans le lexique hindi que les linguistes ont identifié son précurseur. Le terme originel serait ainsi « champo », en référence à une fleur (michelia champaca) traditionnellement utilisée par les populations indiennes pour parfumer leurs chevelures. Par extension, il désigne également le massage et huilage du cuir chevelu avec cette même plante.
Le terme « shampooing » vient de l'anglais « shampoo », lui-même dérivé de l'hindi « champo ».
Le shampooing en France
Environ un siècle plus tard, le « shampooing » anglais s’exporte par-delà les mers et fait une entrée peu remarquée dans nos contrées françaises.
À l’époque, le « shampooing » ne ressemble guère au cocktail de tensioactifs et d’additifs qui a désormais envahi nos salles de bains. Il se résume grossièrement à un mélange d’eau, de paillettes de savon, de quelques plantes et parfois de cristaux de soude. Un charmant florilège d’ingrédients desséchants qui justifierait bien des réticences…
Il faudra attendre l’intervention salvatrice du chimiste Eugène Schueller (fondateur du groupe L’Oréal) dans les années 30 pour que le si décrié savon soit remplacé par une formule de synthèse qui préserve la brillance et la douceur du cheveu… et pour que ledit shampooing rentre enfin dans les grâces des Français !
Pour la petite histoire, l’un des tout premiers shampoings liquides de grande consommation fut proposé sous la forme de berlingots : c’était le temps des berlingots DOP !
Ne vous arrachez plus les cheveux.
Shampoing ET orthographe : l'avis des dictionnaires
Du shampooing au shampoing
Il est donc avéré que le « shampooing » a été le premier à poser le pied sur le sol français. Mais ce « shampoing » que l’on voit partout, alors, d’où vient-il ?
En réalité, il s’agit tout simplement d’un produit de la fameuse réforme orthographique de 1990. Ainsi, en vue de franciser le terme et de faciliter son orthographe, on ampute désormais notre cher « shampooing » de l’un de ses « o » emblématiques pour le transformer en « shampoing ». À noter que les instances francophones autorisent dans la foulée le verbe « shampouiner » et à parler de « shampouineuse » !
Doit-on dès lors enterrer le vénérable « shampooing » au profit du jeune et fringant « shampoing » ? Non, en aucune façon ! On rappellera que les nouvelles recommandations orthographiques n’annulent et ne remplacent pas les graphies précédemment admises. On tolère simplement la coexistence des deux termes, sans que l’emploi de l’un ou de l’autre ne soit synonyme de faute d’orthographe. Bref, shampoing ou shampooing : à vous de trancher.
« Shampoing » est tiré des nouvelles recommandations orthographiques de 1990. Il coexiste depuis avec « shampooing ».
Du pareil au même ?
Nous voilà libres d’écrire à notre guise shampoing ou shampooing. Du moins, en théorie. Car dans la pratique, les dictionnaires qui régissent l’emploi du vocabulaire de notre belle langue ne se gênent pas pour y aller de leur grain de sel.
- Le CNRTL nous parle indifféremment de « shampoing » ou « shampooing ».
- Le Larousse prend la peine de préciser que « shampooing » correspond à la forme anglaise et « shampoing » à la forme francisée.
- Le Petit Robert, quant à lui, insiste sur le fait que l’orthographe « shampooing » est plus proche de l’étymologie et cantonne le « shampoing » à une orthographe alternative.
Si l’on peut comprendre et cautionner la démarche du Petit Robert, force est toutefois de constater que les évolutions linguistiques affichent une tendance certaine à s’émanciper de la rigueur étymologique. En témoigne l’initiative de 1990, mais aussi des termes comme « escarre », autrefois orthographié « eschare » (du grec « eskhara »).
Shampoing ou shampooing : qu'en dit google ?
Quelle orthographe est la plus intéressante en SEO ?
En référencement naturel, le choix des mots est déterminant. Aussi, si vous envisagez de ranker sur une requête clef juteuse et que vous hésitez entre shampoing et shampooing, je vous conseille de pousser votre recherche bien au-delà des seules considérations étymologiques !
Alors, qui de shampooing ou shampoing remporte les suffrages des internautes d’aujourd’hui ? N’en déplaise aux puristes, c’est le « shampoing » qui tire clairement son épingle du jeu. Il suffit de comparer le nombre de requêtes mensuelles rentrées dans la barre de recherche Google pour s’en convaincre : « shampoing » est dix fois plus recherché !
« Shampoing » est aujourd'hui plus recherché que « shampooing » sur Google (France).
À ce titre, il est intéressant de constater que la tendance s’est récemment inversée. Au début des années 2000, une page Wikipédia semble laisser entendre que « shampooing » était près de deux fois plus recherché que « shampoing ».
Shampoing et la longue traîne
En SEO, rien ne doit être laissé au hasard. S’il est avéré que « shampoing » a plus de succès que « shampooing » sur Google, ne jetons pas le manche avant la cognée pour autant.
Car rien ne dit que le « shampoing » maintient sa domination sur le « shampooing » dans les expressions longue traîne ! Lesquelles sont, à bien des égards, beaucoup plus intéressantes pour le référencement naturel.
Aussi, si l’on pousse nos recherches un peu plus loin, on constate par exemple que :
- « shampoing bio solide » (320) est un chouïa moins recherché que « shampooing bio solide » (390) ;
- « shampooing sans sulfates » (33 100) est beaucoup plus recherché que « shampoing sans sulfates » (720).
L'Orthographe de shampoing : une affaire de choix
À la lumière de ces éléments, il apparaît clairement que votre choix entre shampoing ou shampooing dépendra principalement du contexte d’emploi. Parler de shampoing sur un Powerpoint tout en veillant à respecter les derniers canons de la langue française, ce n’est pas tout à fait la même chose que de parler de shampoing sur le Web avec des objectifs de visibilité précis.
Parmi les données à retenir, notez que :
- « Shampooing » et « shampoing » sont tous deux corrects d’un point de vue orthographique.
- Le « shampooing » séduira davantage les puristes réfractaires à la Nouvelle Orthographe.
- Si « shampooing » était autrefois plus répandu que « shampoing », c’est aujourd’hui le « shampoing » qui remporte la préférence des utilisateurs français de Google.
- Sur vos landing pages ou vos articles de blog, il est naturellement plus judicieux d’arrêter votre choix sur la requête cible qui présente le plus grand nombre d’occurrences mensuelles.
- Pour vos équipes internes et vos collaborateurs externes, ajoutez un paragraphe à votre charte éditoriale explicitant la conduite qui prévaut dans l’emploi des deux expressions.
Les Cosmétextes 2.0, ça vous parle ?
Notes
- Source principale pour le premier paragraphe : Anne-Marie Mommessin, Femme à sa toilette. Beauté et soins du corps à travers les âges, Éd. Altipresse, 2007.
- Les données SEO ont été extraites en février 2021. Les chiffres présentés sont à analyser avec le recul nécessaire et appelés à évoluer.
